Tout ce que vous voulez savoir sur la cystite récidivante (interstitielle)

1) Prévention et traitement du syndrome de la vessie douloureuse (cystite interstitielle)

Par Jacqueline Lagacé, Ph.D.

N.B. : cet article a été révisé et enrichi par Nathalie Camirand, DO, ostéopathe MOQ, physiothérapeute, OPPQ, co-propriétaire de la Clinique Camirand Muzzi et membre fondateur de : Qualita.ca (Le Réseau des Cliniques d’Ostéopathie Agréées MC ; The Network of Chartered Osteopathic Clinics TM ). http://www.cliniquecamirandmuzzi.com

Mme Camirand enseigne au Collège d’études ostéopathique (CEO) depuis 1993 et donne des formations continues en Gynécologie, Urologie et Dysfonctions glandulaires et nerveuses depuis plus de 20 ans. Elle enseigne dans plus de 12 pays différents. Elle coordonne également un Diplôme Universitaire de spécialité (30 crédits) à l’Université Pompeu Fabre à Barcelone en Gynécologie-Obstétrique depuis septembre 2017. Elle est l’auteure du livre Dysfonctions glandulaires et nerveuses paru chez Maloine en 2009.

N.B. : l’ancien terme « cystite interstitielle » est maintenant remplacé par le nouveau terme « syndrome de la vessie douloureuse) (SVD).

1.1) Importance des infections urinaires (cystites)

Plus de 50% des femmes connaîtront au cours de leur vie au moins une infection urinaire et de 20 à 30% de ces dernières seront affectées par des infections urinaires récurrentes qualifiées de syndrome de la vessie douloureuse (SVD). Les femmes comptent pour environ 70% des individus qui sont atteints de cystite. Les microbes qui causent les cystites sont généralement d’origine intestinale et proviendraient chez la femme généralement du rectum ou d’une infection vaginale qui atteindrait l’urètre et la vessie. Il peut arriver, chez environ 3% des femmes affectées d’une cystite, que l’infection atteigne les reins; on parle alors de pyélonéphrite, une infection grave qui s’accompagne de fièvre et qui constitue une urgence médicale (1-3).

1.2) Les symptômes de la cystite :

1) sensation de brûlure en urinant
2) pollakiurie : envie d’uriner tout le temps même pour quelques gouttes due à de l’inflammation et/ou à une hypersensibilité de la muqueuse vésicale qui a tendance à se contracter en permanence
3) sensation de pesanteur et de douleur pelviennes
4) Douleur lors des relations sexuelles.
5) Présence d’ulcères de Hunner chez environ 10% des cas de SVD

2) Le syndrome de la vessie douloureuse, une maladie inflammatoire chronique qui résiste souvent aux traitements conventionnels.

On parle d’infections urinaires récidivantes lorsqu’il y a présence de deux épisodes d’infection urinaire en six mois ou de 3-4 épisodes durant une année (1,4). Le traitement du syndrome de la vessie douloureuse (SVD) est problématique pour plusieurs raisons :
1) il n’existe pas actuellement d’examens précis qui permettent de faire le diagnostic de ce syndrome de façon certaine, c’est pourquoi on procède généralement par élimination;
2) la cause de cette pathologie n’est pas claire, il s’agirait de causes multifactorielles. Il est nécessaire d’éliminer d’emblée une cause morphologique à l’aide de tests qui permettent de sonder le tractus urinaire; la cytoscopie devrait faire partie de l’étape du diagnostic pour évaluer l’état de la muqueuse vésicale et pour exclure la présence d’un cancer de la vessie;
3) des études montrent qu’environ 41% des sujets atteints du SVD souffrent d’au moins une maladie auto-immunitaire (13.7% de thyroïdite d’Hashimoto et 9.8% du syndrome de Sjogren) (5).
4) il n’existe pas de traitements de référence reconnus dont l’efficacité est prouvée, la prophylaxie est donc une approche « essai et erreur » et les pratiques de médecine complémentaires/alternatives devraient être envisagées selon des groupes d’urologues (6);
5) l’utilisation prolongée d’antibiotique chez les SVD aboutit souvent à un échec et est déconseillée par des associations d’urologues (7) d’autant plus que les antibiotiques à large spectre peuvent affecter négativement la flore bactérienne bénéfique de l’hôte, ce qui favorise un excès de croissance sélective des pathogènes et entraine une résistance bactérienne dans plus de 50% des cas;
6) le SVD affecte gravement la qualité de vie des patients en raison d’un besoin constant d’uriner, de la présence de douleurs souvent insoutenables et des dysfonctions sexuelles qu’il entraîne;
7) avec le temps, l’inflammation de la vessie peut provoquer des lésions ulcéreuses (lésions de Hunner) qui aggravent les symptômes et il a même été établi qu’il y avait une association possible entre le cancer de la vessie et le SVD (3, 8).

3) Les traitements conventionnels de la cystite simple

Les cystites infectieuses sont à 99% d’origine bactérienne : les bactéries gram négatif comptent pour 68% des infections (Escherichia coli 53%; Klebsiella 19%; Pseudomomas 6% et autres) et les bactéries gram positif pour 32% ( Staphilococcus 21%; Enterococcus 6%; Streptococcus 3% et autres) (1). Les infections urinaires simples sont communes et sont généralement traitées efficacement à l’aide d’antibiotique. Le bon usage en pratique médicale préconise de prescrire un examen cytobactériologique des urines (ECBU) pour identifier la présence de bactéries et de leucocytes (globules blancs). La quantité de globules blancs détectés renseigne sur l’importance de l’inflammation et de l’infection. Comme on doit tenir compte du fait que les bactéries sont de plus en plus résistantes à de nombreux antibiotiques, un antibiogramme permet de choisir un antibiotique adapté à la situation. Des tests récents ont montré que de 20 à 78% des souches d’E.coli, la principale bactérie qui cause les cystites, se sont avérées résistantes envers les 19 antibiotiques contre lesquels elles ont été testées (1).

Comme le traitement des infections urinaires simples est généralement efficace, il est fréquent que l’antibiothérapie soit effectué « à l’aveugle », c’est-à-dire sans avoir recours à l’identification de la ou des microorganismes responsables de l’infection. Parce que cette pratique favorise l’accroissement de la résistance aux antibiotiques, on cherche à promouvoir d’autres solutions thérapeutiques que les antibiotiques pour traiter dans un premier temps les cystites simples. Dans cette optique, des travaux de recherche récents bien contrôlés, ont montré que les deux-tiers des femmes atteintes d’une infection urinaire simple, traitées à l’ibuprofen (Advil), un anti-inflammatoire non stéroïdiens (AINS), recouvraient sans traitement subséquent d’antibiotique. On préconise également d’encourager l’utilisation de traitements de médecine complémentaire (naturopathie, probiotiques, aromathérapie et traitements physiques) pour prévenir et traiter dans un premier temps les infections urinaires simples (9,10).

4) Que faire en cas de cystite récidivante?

La première chose à faire est de consulter un urologue qui est le thérapeute le mieux placé pour rechercher à l’aide de différents tests les causes complexes et même rares pouvant expliquer la récidive des cystites. La médecine conventionnelle propose différents traitements tel que décrits au no 5. Toutefois, comme les cystites récidivantes sont des maladies complexes et multifactorielles, les résultats obtenus par la médecine conventionnelle aboutissent souvent à des résultats aléatoires et peu satisfaisants parce que les cystites récidivantes nécessitent une prise en charge globale du patient alors que la médecine conventionnelle s’intéresse généralement avant tout aux symptômes sans s’attarder à la personne globale et à son environnement.

À l’opposé, les thérapeutes spécialisés en médecine alternative/complémentaire prennent en charge la personne dans sa globalité (prédispositions génétiques, microbiome, alimentation, facteurs psychologiques, conditions physiques, mode de vie, et environnement,) et appliquent des méthodes naturelles en travaillant sur l’intestin, le microbiome, la diète, et l’application de techniques de rééducation en kinésiologie, naturopathie, ostéopathie, physiothérapie et autres pour une rééducation active visant à la fois une mise en rémission et la prévention de récidives.

5) Les thérapies conventionnelles pour le traitement du syndrome de la vessie douloureuse (SVD)

Un article intitulé « Current best practice in the management of cystitis and pelvic pain » (les meilleures pratiques courantes pour le traitement de la cystite et de la douleur pelvienne) (7), publié en 2018 par le regroupement de trois associations d’urologues et d’obstétriciens/gynécologues américains et européens, se veut un guide des meilleures pratiques de médecine conventionnelle pour le traitement des SVD. Ce guide propose dans l’ordre 6 étapes de traitements possibles:

1) Renseigner le patient pour qu’il comprenne les issus probables des traitements du SVD basés sur les mesures conservatrices reconnues.
2) La seconde ligne de traitement consiste en des thérapies physiques de contrôle de la douleur (physiothérapie et manipulation des points déclencheurs de la douleur); toutefois, les exercices du plancher pelvien ne sont pas recommandés. On propose également des thérapies de contrôle de la douleur à l’aide de traitements pharmacologiques, à la fois oraux et intra vésicaux; les options thérapeutiques orales sont : des antidépresseurs, des antihistaminiques, des anxiolytiques, des agents qui agissent sur la perméabilité des muqueuses, des anticoagulants et des anesthésiants locaux.
3) La troisième ligne de traitements couvre des interventions endoscopiques telles l’hydrodistension de la vessie et la fulgation (élimination à l’aide de traitements électriques à haute fréquence) lorsque l’on détecte des lésions de Hunner (abcès au niveau de la vessie) suivie par l’injection de glucocorticoïdes.
4) En quatrième ligne, on recommande l’injection intra-vésicale de la toxine botulinum A ou des processus de neurostimulation.
5) En cinquième ligne on recommande l’usage de cyclosporine A orale (un immunodépresseur).
6) En sixième ligne, si des chirurgies majeures s’avèrent nécessaires, il est important d’informer le patient que la douleur pourra persister après cette intervention.

Le guide mentionne une liste d’interventions non recommandées :

1) l’utilisation à long terme des antibiotiques;
2) l’injection intravésicale du bacille Calmette Guerin (BCG);
3) l’administration orale de glucocorticoïdes;
4) l’hydrodistension à haute pression de longue durée.
5) finalement il est précisé qu’aucun traitement ne peut être bénéfique pour tous les patients SVD à l’exception de la fulguration des lésions de Hunner.

À l’intérieur du guide (7), il est fait mention de différences de vision de la part de l’Association européenne d’urologie (EAU), laquelle met l’emphase sur une approche individuelle holistique centrée sur le patient. Pour cette association, l’éducation du patient est prioritaire et on recommande fortement les techniques suivantes de physiothérapie périnéale:

1) thérapies manuelles transvaginales des muscles du plancher pelvien
2) manipulation des points de déclenchement de la douleur pelvienne ;
3) manipulations myofasciales dont la qualité dépend du degré d’habilité des physiothérapeutes spécialisés dans ce domaine précis. On recommande aux patientes de consulter dès le début du traitement un conseiller en relation d’aide (psychologue, sexologue). Selon ce groupe, les preuves sont limitées concernant l’efficacité des techniques suivantes : électromagnétisme, stimulation par ultrasons, stimulation électrique des nerfs à travers la peau (TENS) tout en précisant qu’ils ne sont ni pour, ni contre.

En ce qui concerne les agents pharmaceutiques, le groupe européen mentionne que la plupart des patients n’obtiendront pas le contrôle de leurs symptômes avec une monothérapie et que des thérapies multimodales adaptées aux principaux symptômes des patients doivent être utilisées avec des résultats variables ; il s’agit en l’occurrence des antagonistes des récepteurs de l’histamine, des antidépresseurs, de l’Azathioprine dont l’activité immunosuppressive serait efficace pour réduire la douleur et les symptômes de la partie inférieure du tractus urinaire, alors que les corticostéroïdes ne seraient pas recommandés. Une combinaison d’héparine, de lidocaine et de bicarbonate de sodium serait efficace chez 94% des patients pour permettre un soulagement soutenu de la douleur chez une proportion élevée de patients. Selon eux, l’hydrodistension de la vessie est utile pour le diagnostic mais pas comme mesure thérapeutique en raison d’un manque de preuve.

Les deux autres associations d’urologues, d’obstétriciens et de gynécologues américains et britanniques qui ont participé à la rédaction du guide suggèrent pour leur part d’améliorer la qualité de vie des patients à l’aide de mesures générales simples d’autogestion faisant appel à de la formation concernant la diète, le contrôle du stress et des stratégies non pharmaceutiques, dont la physiothérapie et le support psychologique. Ils mentionnent également que l’efficacité des médicaments antidépresseurs n’est pas suffisamment prouvée par la recherche scientifique. Pour conclure, ces médecins spécialistes affirment que le SVD est une condition habituellement incurable.

Heureusement, il y a de l’espoir car une meilleure compréhension des phénomènes impliqués dans le développement du SVD émerge grâce à la recherche scientifique qui applique depuis 2012 les nouvelles techniques de la métagénomique microbienne. Le retard dans ce domaine est dû au « dogme » de la stérilité de l’urine chez les gens en santé, lequel dogme perdure encore dans certains milieux. Dans le compte rendu de la réunion annuelle 2017 (Best of the 2017 AUA Annual Meeting) de l’Association des urologues américains, on a mis l’emphase sur les nouvelles études de la métagénomique microbienne appliquée au SVD sous le titre « Du microbiome au génome : les mystères de la douleur pelvienne chronique du système urinaire se dissipent lentement »(11).

6) Les dernières avancées de la recherche scientifique, en ce qui concerne le syndrome de la vessie douloureuse (SVD), s’intéressent à de nouveaux champs d’intérêt :

6.1) L’existence d’un microbiome urinaire qui a permis d’élargir les connaissances sur les pathologies urinaires et leur traitement.

Parce que les méthodes d’analyses microbiologiques standards sont incapables de caractériser le spectre complet des espèces microbiennes présentes dans l’urine, on a crû que la vessie et l’urine étaient stériles chez les individus en santé. Grâce au développement des nouvelles techniques de la métagénomique microbienne, on a pu mettre en évidence la présence de communautés bactériennes nombreuses et variées (microbiome) dans le tractus urinaire des gens en santé (12). Ces méthodes d’analyse ont également permis de montrer que des cas de SVD que l’on croyait sans cause infectieuse étaient en réalité dus à des pathogènes qui passent inaperçus lors des cultures d’urine de routine. Ainsi la présence de plusieurs bactéries cliniquement significatives a été détectée chez environ 75% des patients SVD (13). On a également identifié la présence de champignons (Candida Albicans et Saccharomyces), de virus et de bactériophages (virus qui lysent les bactéries) dans l’urine de patients SVD ( 6,12, 14). Il ressort d’une excellente étude (15) que l’infection des lymphocytes T par le virus Epstein-Barr pourrait être une cause de l’inflammation persistante de la vessie chez des patients atteints de SVD. Une infection au virus Epstein-Barr était présente chez 87.5% des prélèvements de la vessie provenant des patients SVD avec lésion de Hunner et chez 17.4% des prélèvements de la vessie provenant des patients SVD sans lésion de Hunner.

Les études montrent que l’urine des SVD contient souvent moins de Lactobacillus acidophilus comparativement à l’urine des gens en santé (16). Ceci est important car un bon équilibre du microbiome urinaire semble particulièrement influencé par les bactéries qui secrètent de l’acide lactique. L’acide lactique influence à la baisse le pH de l’urine (pH ≤ 4.5) ce qui créée un microenvironnement défavorable à la majorité des microorganismes pathogènes, sans compter que les différentes espèces de Lactobacillus produisent aussi des métabolites anti-bactériens. On a de plus démontré que non seulement les espèces de Lactobacillus retrouvées chez les patients SVD sont moins nombreuses que chez les témoins sains, mais également qu’elles produisent moins d’acide lactique que les espèces de Lactobacillus qui colonisent les individus en santé. L’acide lactique produit par les Lactobacillus de la souche Shirota réduirait le risque de cancer de la vessie et pourrait même lutter contre les tumeurs de la vessie.

Le rôle positif d’un microbiome équilibré dans le maintien de la santé du système urinaire ne fait plus de doute et il est maintenant démontré qu’une dysbiose urinaire favorise la récurrence des SVD. Dans un article publié en 2018, on a démontré qu’une transplantation fécale effectuée pour mettre fin à une infection grave due à C. difficile a permis du même coup de mettre fin à des infections récurrentes du système urinaire (SVD) qui duraient depuis 25 ans chez une femme âgée (17). Un autre article montre également qu’une transplantation fécale qui avait pour but de traiter une infection à C. difficile a permis de mettre fin et/ou de réduire de façon drastique les récidives du SVD chez 8 femmes ainsi traitées (18).

Ceci démontre bien que la présence d’une dysbiose (déséquilibre du microbiome) est un terrain propice au développement du SVD et que le retour à l’équilibre du microbiome intestinal exerce une influence directe sur l’équilibre du microbiome urinaire. Il est reconnu que les microorganismes impliqués dans le développement des infections urinaires proviennent généralement de notre propre microbiome intestinal, lequel joue un rôle essentiel dans le développement et le maintien d’un système immunitaire performant, alors qu’un déséquilibre du microbiome intestinal peut provoquer une hyperperméabilité de la muqueuse intestinale favorisant ainsi le développement de cystites. Par exemple, une diète inappropriée provoque à la longue un déséquilibre des microbiotes (bonnes bactéries commensales) en faveur des bactéries pathogènes. Il s’ensuit une inflammation qui augmente la perméabilité de la muqueuse intestinal, ce qui va permettre le passage de grosses molécules alimentaires insuffisamment digérées et/ou d’antigènes microbiens. Ces molécules qui ont conservé leur antigénicité (capacité d’activer le système urinaire en raison de leur grosseur et d’induire de l’inflammation, peuvent alors traverser les muqueuses, y compris les muqueuses du système urinaire, et y déclencher des phénomènes inflammatoires, d’où le développement de cystites.

Des études ont fait la preuve que les différents microbiomes de l’organisme (intestinal, urinaire, vaginal, pulmonaire, oral, de la peau, etc.) ont une importance stratégique dans le maintien de la santé et/ou le développement de pathologies et qu’il est possible de modifier le microbiome à l’aide de la diète et de la transplantation fécale. Conséquemment, on propose que les analyses actuelles et futures du microbiome urinaire soient réalisées à l’aide des techniques très évoluées et fiables de la métagénomique microbienne pour mieux comprendre la nature des infections du système urinaire ainsi que les réponses des patients aux traitements.

La métagénomique microbienne est une technique de séquençage à haut débit de l’ADN d’une grande quantité de microorganismes (microbiotes) provenant d’un milieu donné, sans avoir à les cultiver au préalable. Cette technique, parce qu’elle est couplée à la bioinformatique, donc qu’elle a accès à d’énormes banques de données informatisées, permet d’analyser et de caractériser très rapidement les gènes des différents microorganismes d’un milieu donné. Par exemple, on peut découvrir une nouvelle espèce de bactéries et connaître en même temps plusieurs de leurs propriétés comme par exemple la production d’une enzyme qui secrète une sorte de molécule précise. C’est cette technologie qui a permis de comprendre le rôle essentiel que jouent les microbiomes dans le maintien de notre santé et /ou le développement des maladies.

On considère que l’utilisation prospective systématique des outils de la métagénomique microbienne devrait permettre de mieux comprendre le rôle des microorganismes inconnus et non conventionnels du système urinaire, tout en améliorant nos connaissances de la flore urinaire normale et/ou dysfonctionnelle (12). Même si on convient qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour être capable de transférer les connaissances découlant d’une meilleure compréhension du microbiome urinaire à la pratique médicale courante, la recherche récente a ouvert de nouvelles voies qui permettent non seulement de mettre en évidence la présence d’un microbiome urinaire mais également de commencer à le caractériser ce qui devrait permettre dans un avenir prévisible d’améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies du système urinaire (6).

6.2) Importances relatives des prédispositions génétiques et des facteurs environnementaux dans le développement du SVD et des douleurs qui lui sont associées

Il existe un lien significatif entre le développement du SVD et une particularité génétique située sur le chromosome 3 (3p21-3q13) (19); également, certaines régions des chromosomes nos 1, 4, 9 et 14, pourraient influencer la prédisposition à développer le SVD. On a aussi découvert que l’expression d’un gène de mucosité chez les patients atteints de SVD favorisait l’adhérence des microorganismes à l’épithélium du tractus urinaire comparativement aux contrôles normaux. L’importance de cette caractéristique influencerait à la fois le niveau de douleur des patients ainsi que le développement de lésions consécutives à la présence d’une inflammation chronique (20). Les bactéries qui secrètent de l’histamine, telles les Enterococcus, amplifieraient le niveau de douleur par l’intermédiaire du récepteur-4 toll-like qui a la capacité d’induire une réponse inflammatoire (21).

La douleur serait aussi influencée à la hausse par la présence dans les urines de microorganismes fongiques tels candida et Saccharomyces, lesquels microorganismes entraînent une hyperréactivité de la vessie chez les individus prédisposés (22). Il est révélateur que chez les souris dont la vessie était colonisée par des bactéries gram-positif, l’amplification de leurs douleurs dépendait davantage de leur prédisposition génétique que de la présence de ces bactéries (23, 24). Ceci suggère que ce n’est pas tant la présence d’un microorganisme qui est le facteur le plus important dans le déclenchement d’une pathologie et/ou de la douleur mais davantage la présence d’une prédisposition génétique dont l’expression est activée par un ou des facteurs environnementaux (diète, mode de vie, stress, pollution, etc). L’étude suivante menée chez des jumeaux démontre que ce n’est pas avant tout les gènes qui déterminent la composition du microbiome urinaire puisque les constituants microbiens des jumeaux identiques ne sont, à peu de choses près, pas plus similaires que ceux des jumeaux non identiques; ceci suggère fortement que les facteurs environnementaux ont une plus grande influence que le génome humain sur la formation du microbiome (25-28) même s’il existe certaines espèces microbiennes (ex. Christensenella) qui sont plus fortement transmissibles génétiquement que d’autres. Pour bien montrer l’influence du microbiome intestinal sur la santé globale des individus, une étude portant sur la composition des microbiotes du microbiome intestinal intestinal effectuée à l’aveugle a permis de classer les individus en tant qu’obèse ou non obèse avec une précision de plus de 90% (29). On comprend donc pourquoi les gènes ne permettent pas d’expliquer l’épidémie d’obésité actuelle.

*(le microbiome englobe à la fois les microbiotes avec leurs gènes + leur environnement intestinal qui inclut le second cerveau, les cellules immunitaires associées à la muqueuse intestinale et les autres cellules spécialisées associées à cet environnement.)

Pasteur affirmait déjà il y a près de 200 ans « le microbe n’est rien, le terrain est tout ». On sait maintenant que ce n’est pas la prédisposition génétique à développer une pathologie qui est dans la plupart des cas le facteur prédominant, mais bien la présence d’un ou de facteurs environnementaux qui permettent à la fois l’expression du gène et le déclenchement de la maladie. On appelle épigénétique, l’action de l’environnement sur les gènes. Dans les cas d’infection, la capacité d’éliminer avec succès un microorganisme pathogène très virulent dépendra à la fois de nos gènes, de l’état de notre système immunitaire qui à son tour est tributaire de notre mode de vie et de l’état global de notre santé, tant physique que psychologique.

6.3) Les microRNA, un nouvel outil de diagnostic moléculaire du SVD en développement

Il a été mis en évidence récemment que la pathogénèse moléculaire du syndrome de la vessie douloureuse est basée sur l’expression de microRNA. Les séquences du RNA des miRNA présents dans les tissus de la vessie, lorsque comparées entre les tissus normaux de la vessie et ceux atteints de cancer, révèlent une expression dérégulée de 366 miRNA. Identifier l’expression aberrante de ces miRNA pourrait permettre de développer dans un proche avenir de nouveaux marqueurs et de nouvelles cibles thérapeutiques pour le traitement des maladies du système urinaire (30).

6.4) Un traitement expérimental à base d’injection de plasma riche en plaquettes (PRP) s’est avéré très efficace pour le traitement du SVD

Le traitement de 13 femmes atteintes de SVD, à l’aide de 4 injections intra-vésicales de plasma riche en plaquettes à un mois d’intervalle, s’est avéré très efficace pour diminuer de façon significative les symptômes et la douleur des patientes SVD. Il a été également observé que la capacité fonctionnelle et le comportement normal de la vessie s’étaient normalisés dès la première injection. Les infections urinaires et la difficulté d’uriner ont également cessées chez toutes les patientes alors que l’action positive des interleukines 2 et 8 ont augmenté significativement dès la première injection. Les auteurs concluaient que les injections intra-vésicales répétées de PRP étaient bien tolérées, sécuritaires et efficaces dans les cas réfractaires de SVD et amélioraient de façon significative les symptômes des patients (31).

6.5) Le D-Mannose serait un sucre efficace contre les SVD

Le D-Mannose, un sucre simple, qui en raison de sa compétitivité avec E. coli pour la reconnaissance de récepteurs, aurait une action préventive en empêchant l’adhésion de cette bactérie à la muqueuse du système urinaire tel que démontré par quelques études. Un autre avantage de ce sucre est qu’il est rapidement absorbé et excrété par le système urinaire (32, 33). Ce produit se retrouve facilement en vente libre dans les bons magasins de produits naturels.

7) Conseils pratiques pour prévenir les infections urinaires et leurs récidives, dont les informations proviennent majoritairement du dossier « Quérir & Bien vieillir » no 11, Mars 2018, préparé par le Dr Éric Ménat, un médecin généraliste français à orientation diététique, phytothérapie et homéopathie (10).

Précautions générales :

• Éviter les pantalons trop serrés principalement ceux en fibres synthétiques et surtout éviter de les porter durant de longues périodes et par temps chaud.
• Utiliser des sous-vêtements en coton et les changer tous les jours.
• Boire beaucoup de liquide
• Uriner souvent et suffisamment
• Éviter les bains trop chauds
• Un pH urinaire trop acide peut favoriser les cystites, à surveiller
• Éviter de conserver trop longtemps un maillot de bain mouillé, imprégné de sel et de sable

Précautions d’hygiène intime :

• Conserver toujours la zone génitale propre
• Ne pas utiliser de désinfectant, de spermicide, de talc parfumé; choisir uniquement des produits nettoyants adaptés à l’hygiène intime dont le pH est adapté
• Aux toilettes, il est important de savoir bien s’essuyer après la selle. Il faut s’essuyer de l’avant vers l’arrière pour éviter de ramener des microorganismes intestinaux vers la vulve et le conduit urinaire. Si c’est possible, un petit lavage local est recommandé, sans oublier de bien se sécher
• En cas de rapport sexuel, une toilette intime avant (chez les 2 partenaires) et après; boire et uriner rapidement après le rapport permet de laver le conduit urinaire. Dans les cas où les cystites sont déclenchées principalement suite aux rapports sexuels, il est recommandé de recourir à un bilan gynécologique pour vérifier s’il y a présence d’un déséquilibre de la muqueuse et de la flore vaginale.
N.B. : la flore génitale du partenaire a son importance car la flore et les muqueuses de la femme mettent parfois des mois à s’adapter à la flore génitale d’un nouveau partenaire. Dans certains cas, l’expérience a montré qu’il est nécessaire d’agir sur la flore intestinale du partenaire.
• La position lors des relations sexuelles est importante et l’alignement doit éviter d’irriter l’urètre.

Situations particulières aptes à favoriser le développement des cystites récidivantes

• La pré-ménopause et la ménopause, en raison de la sécheresse possible des muqueuses due à la carence en œstrogène, entraîne une perturbation de la flore vaginale et urinaire ce qui favorise en particulier les mycoses; il faut traiter la mycose et agir sur la flore vaginale à l’aide de gélules de probiotiques (flore de Döderlein, ensemble des lactobacilles qui colonisent la zone vaginale) à déposer au fond du vagin, vendues commercialement à cette fin. Le Dr Éric Ménat recommande aussi un produit allopathique qui apporte des hormones naturelles qui n’entraînent aucun effet secondaire ni aucun sur-risque de cancer, l’estriol. Il y a également des preuves que l’administration topique d’œstrogène chez les femmes ménopausées normalise la flore vaginale et réduit grandement le risque de SVD (34). La crème EMP de Sarati donne souvent de bons résultats.
• Un déséquilibre de la flore intestinale peut également favoriser le développement de cystites. Une alimentation bien équilibrée, riche en fibres et la prise de probiotiques et de prébiotiques peuvent aider à corriger le problème.
• Un blocage ostéopathique, plus particulièrement un blocage du bassin, sacrum, symphyse pubienne, lombaires, de même qu’un manque de mobilité de la vessie et de l’urètre, suite à un traumatisme ou à un micro-traumatisme local (sexuel et/ou obstétrical), la présence d’adhérences suite à une première ou plusieurs infections, peuvent être une cause de cystites récidivantes. Un ostéopathe peut corriger le problème.
• Les constipations chroniques et les diarrhées aiguës.
• Les intolérances alimentaires incluant l’histamine.
• Les femmes enceintes, en raison de facteurs mécaniques et hormonaux, peuvent devenir plus sensibles à développer des cystites récidivantes.
• Les personnes diabétiques dont la situation n’est pas bien contrôlée.
• Les malformations de l’arbre urinaire et les calculs urinaires.
• Les personnes affaiblies par une autre maladie et les personnes hospitalisées.
• Les descentes d’organe qui peuvent être traitées efficacement en ostéopathie et en physiothérapie; il y a toutefois des cas qui nécessitent une chirurgie.
• Anomalies immunitaires.
• Un cancer des voies urinaires peut donner des symptômes assez proches des calculs.

8) Plusieurs thérapies de médecine intégrative permettent d’améliorer le traitement des personnes atteintes du SVD et réfractaires aux thérapies de la médecine conventionnelle.

N.B. : la médecine intégrative fait appel à la fois à la médecine conventionnelle ou allopathique (basée sur les symptômes, l’utilisation de médicaments et la chirurgie) ainsi qu’aux médecines alternatives/complémentaires, qui reposent sur une approche globale de la personne et de son mode de vie, alliant prévention et soins individualisés.

8.1) La première démarche des thérapeutes en médecine alternative et complémentaire est de s’intéresser à l’histoire du patient et à son mode de vie. La diète du patient a une importance particulière en raison de l’influence primordiale de cette dernière sur le maintien de l’équilibre du microbiome intestinal et de son impact sur la santé globale et le comportement.

Application d’une diète anti-inflammatoire ciblée pour lutter contre le SVD

Avant toute chose, la base d’une alimentation santé doit reposer quotidiennement sur la consommation d’une grande quantité de légumes variés de différentes couleurs (idéalement biologique dans la mesure du possible), sur quelques fruits et petits fruits, sur des grains entiers, des noix, des légumineuses et si vous êtes omnivores, sur une quantité raisonnable de viandes, principalement blanches cuites à basse température. Les végétaliens et véganes ont intérêt à consommer davantage de légumineuses pour s’assurer d’une consommation suffisante de protéines.

Une diète anti-inflammatoire constitue à mon avis la première étape à respecter pour prévenir et lutter contre les maladies inflammatoires chroniques. Les personnes atteintes du SVD ont vraiment intérêt à respecter une telle diète en raison de l’inflammation systémique de leur système urinaire. Il s’agit donc d’éliminer les aliments pro-inflammatoires suivants :

1) tous les sucres raffinés
2) toutes les céréales qui contiennent du gluten
3) tous les produits laitiers d’origine animale
4) les excès de viandes, principalement de viandes rouges. Il est préconisé de cuire la viande à moins 110°C pour éviter le plus possible la formation de glycotoxines, qui sont des molécules fortement pro-inflammatoires résultant de la réaction de Maillard.
5) les aliments industriels ultra-transformés (aliments raffinés, riches en sucre, en sel, en glycotoxines et contenant des édulcorants, des colorants, des produits chimiques dont des pesticides et des aliments issus de cultures OGM, nécessairement exposés à de grandes quantités de Round up. Exemples les plus courants : pains faits de farines raffinées, pâtisseries industrielles, boissons gazeuses y compris les boissons diètes, jus industriels, bonbons, pizza, etc.

Il est important de se rappeler qu’aucun aliment aussi bénéfique qu’il puisse être ne peut pas convenir à tous. Donc, il est possible que de 10 à 20 % de patients SVD souffre d’une intolérance à un ou à des aliments qui sont considérés normalement comme inoffensifs. Par exemple une intolérance au riz est toujours possible comme c’est le cas pour tous les aliments. Donc si la diète anti-inflammatoire n’améliore pas de façon importante votre condition, il serait bon que vous vous inspiriez de l’article suivant sur mon blogue : « la diète hypotoxique ne fonctionne pas pour vous? » et de rédiger un journal quotidien pour inscrire tous les aliments que vous consommez quotidiennement ainsi que de noter « comment vous vous sentez ». Vous pouvez également consulter un thérapeute formé en kinésiologie appliquée (recommandé sur mon blogue) qui habituellement est en mesure de diagnostiquer votre ou vos intolérances alimentaires en effectuant un test d’intolérance et d’allergies alimentaires. Il est important d’identifier ses intolérances alimentaires qui pourraient toucher des aliments qui ne sont pas interdits par la diète anti-inflammatoire car de telles intolérances peuvent annuler totalement ou en partie les effets de la diète anti-inflammatoire. Je vous suggère à titre informatif de lire sur mon blogue l’article intitulé « Tests pour les réactions alimentaires adverses + 10 témoignages ».

En plus de respecter une diète anti-inflammatoire, les individus atteints du SVD auraient intérêt à éviter les aliments irritants suivants :

Tous les sucres ajoutés, même ceux qualifiés de sucre bruts normalement permis dans la diète anti-inflammatoire (genre Sucanat, sirop d’érable, miel, etc) car le sucre favorise de façon importante une exacerbation de la croissance des levures, phénomène très fréquent chez les SVD. De plus, les patients SVD auraient avantage à éliminer les aliments qui sont classés comme des irritants pour la vessie : café, thé (le thé vert fait exception selon certains auteurs car il n’est pas identifié comme irritant), alcool, fruits acides (le citron dépendamment de l’individu car les réactions diffèrent face à ce fruit), chocolat, vinaigre, tomates (sauce tomate, ketchup) asperges, artichauts et les mets épicés, les épices telles curry, cumin, piment, poivre de cayenne, les édulcorants (aspartame et autres). Même si on encourage souvent la prise de canneberges et/ou de jus de canneberges pour traiter le SVD, il semble que ce ne soit pas nécessairement une bonne idée car l’acidité de ce fruit peut causer des problèmes à la muqueuse fragile de certains patients SVD.

Lorsque votre système urinaire aura recouvré la santé, en fait que vous serez en rémission, l’écoute des réactions de votre corps vous renseignera peu à
peu sur les aliments que vous pouvez consommer sans problème, ceux que vous pourrez consommer occasionnellement et ceux que vous devrez éliminer définitivement. Si vous voulez éviter les récidives, dans la plupart des cas, vous devriez éviter les aliments proscrits par la diète anti-inflammatoire hypotoxique (même si vous pouvez, selon vos sensibilités propres, vous permettre quelques écarts). En ce qui concerne la liste des aliments à éviter parce qu’ils sont irritant pour une vessie enflammée, seules vos expériences personnelles vous permettront de faire les bons choix à moyen et à long terme.

8.2) Plusieurs approches alternatives de Santé intégrative, autres que la diète, ont fait la preuve qu’elles peuvent apporter des solutions thérapeutiques efficaces pour les patients SVD réfractaires aux thérapies médicales conventionnelles.

On reconnait maintenant qu’il est impossible d’agir efficacement sur la santé globale des individus sans agir énergiquement sur l’alimentation. Comme le syndrome de la vessie douloureuse est un phénomène multifactoriel, qui peut différer selon les individus, il est indiqué de traiter cette pathologie avec différentes approches de santé intégrative tout en tenant compte des particularités individuelles.

8.2.1) Les thérapies physiques de manipulation (physiothérapie, ostéopathie, chiropratique, massage thérapeutique)

Les thérapies physiques typiques pour le traitement des SVD mettent l’emphase sur le plancher pelvien, les hanches, le dos et les muscles abdominaux. Elles impliquent généralement la manipulation des fascias du plancher pelvien et des muscles mais aussi des viscères, des nerfs et des artères en ce qui concerne l’ostéopathie.

La chiropratique ou chiropraxie, est une pratique médicale et manuelle basée sur la manipulation des différentes parties du corps humain et plus particulièrement de la colonne vertébrale.

La physiothérapie est une discipline de la santé intervenant au niveau de la prévention et promotion de la santé, de l’évaluation, du diagnostic, du traitement et de la réadaptation des déficiences et incapacités touchant les systèmes neurologique, musculo-squelettique et cardiorespiratoire de la personne (OPPQ).

L’ostéopathie est une approche manuelle dont l’objectif est de rétablir la fonctionnalité des structures et des systèmes du corps humain afin d’optimiser sa capacité d’autorégulation. Cette pratique est basée sur des connaissances approfondies des sciences de la santé et des interactions propres à l’équilibre de l’organisme. Grâce à une palpation fine et précise, une évaluation complète et globale permet d’investiguer la cause des dysfonctions neuro-musculo-squelettiques, viscérales et crâniennes (Ostéopathie Québec).

Voici un résumé du rôle de la rééducation périnéale en physiothérapie pour une cystite interstitielle ou SVD et les données et structures prises en compte dans un suivi ostéopathique.

En physiothérapie comme en ostéopathie, l’évaluation vise à identifier les fonctions atteintes par cette condition dans la vie quotidienne de la patiente.

1- fonction urinaire: on investigue la fréquence mictionnelle, la présence ou non d’urgences mictionnelles et d’incontinence urinaire et leurs circonstances, la présence de douleur et sa durée, le caractère cyclique/aléatoire/réponse à des irritants identifiables ou non des symptômes. Un des outils utilisés est le calendrier mictionnel, qui servira à noter la progression et guider l’éducation.
2- fonction fécale: présence ou non de concomitance de symptômes fécaux, ex. diarrhée/constipation durant les crises, incontinence, douleur, présence de sang. On note si on doit réviser la technique d’évacuation avec la patiente, ou si on doit investiguer une éventuelle dyssynergie sphinctérienne.
3-fonction sexuelle: atteinte de la sphère sexuelle chez la patiente, par douleur profonde et/ou superficielle, sa durée et son effet post-coït. Des conseils sont prodiguées quant aux postions à adopter ou pas lors des relations sexuelles.
4- fonction de la vie quotidienne: ce qui est altéré par les symptômes en termes d’activités, position assise/debout, travail, loisirs.

Les limitations dans les fonctions vont déterminer en partie les buts de l’intervention, ainsi que les buts à court, moyen et long terme, pour chacune des sphères touchées. Cela donne également des balises autres que la douleur afin de noter la progression.

Les investigations médicales attendues sont avec culture urinaire négative pour la cystite interstitielle.

Les cytoscopies et bilans urodynamiques ne sont pas nécessairement déjà faits lors de la prise en charge, mais souvent à venir. On ne distingue pas au départ une cystite interstitielle d’un syndrome de vessie douloureuse, à moins d’avoir confirmation de lésions par cystoscopie. Certains urologues font la distinction entre les deux conditions, d’autres non.

Les examens en physiothérapie selon Magali Scheubel, physiothérapeute spécialisée en rééducation périnéale sont:

L’évaluation objective est pelvienne et musculo-squelettique. On recherche les changements de sensation cutanée pour repérer des anomalies sensorielles au périnée, bassin et abdomen. On utilise la palpation externe pour déceler les points gâchette des muscles du plancher pelvien, du bassin externe, des abdominaux et des muscles para-vertébraux.

La palpation interne sert à déterminer le tonus musculaire et le contrôle moteur pelvien, qui est souvent altéré dans des cas de douleur abdominale et pelvienne. On note la présence de points de tension, la qualité du relâchement musculaire, la sensibilité des trajets neuraux et les structures reproduisant les symptômes. On détermine également si les os du bassin sont alignés et si un segment vertébral est impliqué, soit hypo ou hypermobile, sensibilisé, et/ou avec restriction cutanée.

En traitement, on cherchera à normaliser le tonus des muscles du plancher pelvien (habituellement trop tendu et incapable de relâchement en réponse à la douleur) qui a aussi une incidence sur les symptômes. Les exercices seront axés sur la relaxation musculaire et à la correction des changements posturaux amenés par la douleur.

Les interventions incluent beaucoup d’éducation sur la science de la douleur et la sensibilisation des tissus entourant l’organe atteint. Le traitement physique s’appuie sur ces principes et travaille à la désensibilisation graduelle des tissus en mobilisations douces, sous le seuil de douleur, afin de changer la réponse corticale douloureuse en réponse à un stimulus normal (changer une sensation de brûlement à une sensation de pression, par exemple.) La rééducation vésicale est ainsi graduelle.

Les aspects ostéopathiques pratiques, selon Nathalie Camirand physiothérapeute et ostéopathe spécialisée :

L’évaluation et les traitements tiennent compte de la position et de la mobilité des viscères, de la structure qui les soutient, du trajet des nerfs et des artères afin d’optimiser leur fonction. La possibilité de moduler l’information dans le trajet dans la moëlle épinière et son interprétation dans le cerveau sont pris en compte par un travail crânien et de ses zones spécifiques en relation avec la douleur chronique (CCA , insula, et centres mictionnels corticaux) ainsi que les dysfonctions retrouvées le long de la colonne vertébrale. Aussi, toute dysfonction de mobilité de la structure : sacrum, coccyx, iliaques, symphyse pubienne, colonne lombaire et dorsale particulièrement dans les zones d’innervation de la vessie (D10 à L2) sont évalués et traités. Le trajet des nerfs ilio-inguinal, ilio-hypogastrique et pudendal sont aussi évalués et traités selon les dysfonctions retrouvées. Le système urothélial est ainsi évalué spécifiquement.

Les anomalies de position et de mobilité des organes abdomino- pelviens pouvant affecter la position et le mobilité de la vessie sont évalués et traités afin de pouvoir redonner à la vessie sa pleine mobilité. La vessie est trop souvent victime de pression qui vient des organes abdominaux et/ou d’une mauvaise position utérine.

Le système immunitaire est abordé via le traitement ostéopathique de la rate, du thymus et de l’intestin. Des conseils au patient concernant la diète et l’hygiène de vie sont prodigués en fonction de certaines données palpatoires. Les patients sont encouragés à voir un naturopathe ou un nutritionniste spécialisé à cet effet.

L’aspect hormonal est aussi pris en compte notamment en ce qui concerne l’optimisation des fonctions de la thyroïde, des surrénales et des gonades, ces glandes pouvant affecter la muqueuse et le tonus vésicale.

Le patient est au cœur de la thérapie et est pris en charge dans toute sa globalité mais aussi dans la spécificité à prendre en compte pour cette pathologie. Le travail multidisciplinaire est encouragé.

Des études ont démontré que les techniques physiques de manipulation permettent de diminuer de façon significative la douleur et la tension du plancher pelvien. Par exemple, après des cédules de 10 traitements, 59% des patientes disaient avoir obtenu une amélioration modérée à importante de leur condition physique (35). Il semble toutefois que l’efficacité de ces techniques pour soulager la douleur dépende fortement de la qualité de la formation du thérapeute et de son habilité, du temps passé avec le patient et de l’intensité des traitements (36, 37). Parce qu’il s’agit d’une technique non invasive qui peut être associée à d’autres thérapies, le guide de l’Association des urologues américains a classé en 2011, les thérapies physiques au rang de thérapie de seconde instance pour le traitement des SVD (38). Selon des gynécologues, les patients qui ont le plus de chances de bénéficier des thérapies physiques touchant le plancher pelvien sont ceux dont la douleur est reproductible à la palpation ou à la contraction du plancher pelvien, des parois abdominales ou des muscles du dos, ainsi que ceux qui ont suivi un déconditionnement significatif résultant de pratiques d’évitement de la douleur (39).

8.2.2) Manipulation des points déclencheurs de la douleur

Les points déclencheurs de la douleur sont des régions précises et hypersensibles à la douleur, situées à l’intérieur des muscles; ils sont fréquemment localisés dans les parois abdominales ou dans les muscles du plancher pelvien, chez les patients SVD dont la source de la douleur est d’origine viscérale (40). Ce sont des nodules palpables qui sont très douloureuses lors de palpations fermes et qui sont à la fois associées aux douleurs ressenties, à des dysfonctions motrices et parfois à des symptômes en lien avec le système autonome. Ces points déclencheurs impliqueraient une dépolarisation neuromusculaire anormale et seraient une composante intégrale de la douleur myofasciale. Il y a des évidences qui indiquent que les points déclencheurs peuvent induire une amplification de la douleur impliquant le système nerveux central (39).

L’injection locale d’un anesthésique tel le lidocaine dans les points déclencheurs des muscles abdominaux, lorsque associée à des exercices d’étirement, peut diminuer la douleur pendant une année suite au traitement (41). Les patients qui sont les plus à même de bénéficier de cette thérapie sont ceux dont les points douloureux sont focalisés et relativement petits et chez qui la palpation reproduit les symptômes primaires. Dans les cas où les points déclencheurs sont mal focalisés et multiples, il est conseillé aux cliniciens d’éviter les injections dans de multiples sites chez cette dernière catégorie de patients (39).

8.2.3) Des exercices physiques bénéfiques pour les patients SVD

L’exercice physique peut comporter de multiples avantages : diminution du stress, de l’anxiété, de la douleur, amélioration de la qualité de vie, des fonctions physiques, de l’humeur, du sommeil ainsi que de la confiance en soi. Les activités physiques appropriées pour les patients SVD, sont la marche, la nage, les exercices aérobiques, les étirements, le yoga, les pilates, le Qigong, et le Tai Chi ou toute autre activité que le patient aime et qui correspond à ses capacités. Tous ces exercices doivent débuter lentement et être réalisés à un rythme lent car un exercice trop intense peut exacerber la douleur (39). Des études sur l’influence des exercices de relaxation et de méditation chez les patients qui souffrent de maladies inflammatoires chroniques ont montré que l’exercice peut améliorer de façon significative leur qualité de vie, qui se traduit par une augmentation des capacités physiques, de meilleures réponses immunitaires, une diminution du stress et l’activation des régions spécifiques du cerveau impliquées dans la suppression de la douleur (39, 42).

Alors que le stress et le manque de sommeil favorisent une augmentation de la perméabilité intestinale et un déséquilibre du microbiome intestinal, lesquels s’accompagnent d’une augmentation de l’inflammation, l’exercice physique constitue, pour les patients qui souffrent de maladies inflammatoires chroniques telle le SVD, une pratique thérapeutique bénéfique tant au point de vue de la prévention que de la mise en rémission de leur maladie chronique (43-45).

8.2.4) Neuromodulation

La technique de neuromodulation la plus accessible est le TENS qui implique la libération d’un courant électrique de bas voltage à l’aide d’électrodes placées sur la peau. Cette technique qui supprime la nociception (réaction défensive d’alarme) est souvent utilisée en association à des thérapies physiques et s’avère efficace pour contrôler les douleurs myofasciales et les douleurs du bas du dos. Diverses expériences de neuromodulation chez des patientes SVD, ont permis de diminuer la douleur pendant des périodes de plusieurs mois (46-48).

8.2.5) Thérapie cognitivo-comportementale et d’attention

Les maladies inflammatoires chroniques de longue durée entraînent souvent des comportements mal adaptés à la situation et une sensibilité exacerbée face à la douleur. La thérapie cognitivo-comportementale et d’attention cherche à expliquer et corriger les problèmes psychologiques en se centrant sur les pensées et les comportements. Ainsi, le patient apprend la contribution de ses pensées et de ses comportements à l’occasion des problèmes qu’il rencontre et il s’habitue à modifier ses pensées et ses comportements, ce qui lui permet de diminuer son anxiété et ses modes de pensées (ruminations, obsessions, inquiétudes). Ainsi, la thérapie comportementale permet aux patients SVD de mieux comprendre les mécanismes de la douleur, ce qui les aide à mieux la contrôler. Les patients qui sont le plus à même de profiter de la thérapie comportementale sont ceux qui ont une longue histoire de douleur chronique et qui rapportent des symptômes dépressifs, des problèmes de sommeil, d’évitement (travail, activités physiques, relations interpersonnelles) en raison de leur douleurs (39).

Des études ont également montré que la psychothérapie accompagnée de stimulation somatosensorielle (acupuncture, moxibustion, utilisation de ventouses) a permis de diminuer de façon significative la douleur chez les patients SVD et d’améliorer leur qualité de vie comparativement aux thérapies conventionnelles (49).

8.2.6) Acupuncture

L’acupuncture est une thérapie reconnue comme efficace et elle est acceptée par les urologues depuis plusieurs années (50). Des études ont montré que l’acupuncture peut moduler les fonctions de remplissage et de vidange de la vessie (51, 52). Toutefois, il existe seulement de rares études qui démontrent l’efficacité de l’acupuncture dans les cas du SVD. Ces études indiquent que l’acupuncture peut améliorer les symptômes de la douleur de façon significative et même dans certains cas éviter les récurrences sur des périodes pouvant varier entre 3 mois et 48 mois (53, 54). Une enquête menée par Internet, auprès de 1,982 patients diagnostiqués SVD, a montré que 56.9% de ceux qui ont été traités en acupuncture ont constaté une amélioration de leur état (55).

Yannick Vartian (acupuncteur et ostéopathe spécialisé en urogynécologie) explique que selon les théories classiques de l’acupuncture, la vessie est investie par les méridiens de la vessie et du rein. Toutefois, en plus de ces méridiens, il est aussi important de considérer le foie, la rate, le petit intestin et la vésicule biliaire en raison de leur trajet, de leur méridien et de leur action énergétique pouvant influencer le SVD (56,57). Ainsi, l’acupuncture peut agir de différentes façons sur le SVD : diminuer ou éliminer les symptômes lors de périodes de crises aiguës et aborder le terrain dysfonctionnel afin d’apaiser progressivement l’irritabilité de la vessie. De plus, l’acupuncture peut travailler les tensions musculaires (ainsi que les points gachettes, Trigger Points) du bassin, des cuisses, de l’abdomen et de la région lombaire afin de diminuer les contractures musculaires réflexes et les points douloureux (58).

8.2.7) Probiotiques et prébiotiques

Probiotiques

Les probiotiques sont des microorganismes vivants qui ont des effets bénéfiques sur la santé de l’hôte lorsqu’ils sont administrés en quantité adéquate. Ces organismes probiotiques doivent être sans danger pour le patient et capables de survivre à leur passage dans l’estomac (liquides gastriques) et dans l’intestin tout en maintenant leur efficacité et leur puissance jusqu’à la date d’expiration. Les organismes probiotiques les plus étudiés et utilisés appartiennent aux genres Lactobacillus et Bifidobacterium. Dans quelques études effectuées chez les humains, il a été démontré que les probiotiques peuvent améliorer le pronostic de certaines maladies mais, dans la plupart des cas, on a plutôt observé une mince amélioration ou aucun effet.

Des études ont montré que l’efficacité des probiotiques est variable et dépend non seulement de l’espèce mais également de la souche, ce qui complique leur évaluation. À titre d’exemple, ce ne sont pas toutes les souches de Lactobacillus qui sont capables de coloniser le vagin (59). Seule une meilleure connaissance des espèces microbiennes et de leurs différentes souches peuvent permettre de connaître et comprendre suffisamment leurs différentes caractéristiques et leurs effets respectifs pour permettre de les utiliser de façon efficace.

Le nombre des espèces microbiennes, qui ont la capacité de coloniser avec succès les humains, est limité puisque pour coloniser un hôte, un microorganisme doit être en mesure de reconnaître le type de récepteur qui lui est complémentaire et ce récepteur doit être exprimé par les tissus de l’hôte (60). On comprend donc pourquoi les quelques souches microbiennes présentes dans les préparations de probiotiques ont peu de chances de coloniser l’intestin humain et de s’y maintenir comparativement à la pratique de la transplantation fécale, qui comporte des milliards de microorganismes différents. Il faut préciser toutefois, que la simple présence des probiotiques dans le système digestif peut être bénéfique puisque leurs sécrétions améliorent l’environnement des probiotes à demeure.

Lorsque la science des probiotiques aura suffisamment évoluée, il sera alors possible de préparer des suspensions de probiotiques capables de reconnaître les récepteurs qui sont présents chez une majorité d’hôtes humains et/ou encore chez certaines individus. Ce genre de précédé devrait alors permettre de réensemencer les microorganismes (microbiotes) essentiels à un bon équilibre du microbiome, lesquels microorganismes peuvent avoir été éliminés en raison d’antibiothérapies intenses, de diètes inappropriées, et/ou d’infections. Ces travaux sont inspirés par les succès expérimentaux observés suite à des transplantations fécales; cette pratique a permis à des patients, qui souffraient de maladies inflammatoires chroniques et/ou auto-immunitaires, de retrouver la santé. C’est le cas également de patients qui étaient infectés chroniquement par des souches de C. difficile résistantes à tous les antibiotiques (61-64).

L’hypothèse selon laquelle certaines souches de Lactobacillus sont capables de prévenir et de traiter les infections urinaires récurrentes est maintenant supportée par une méta-analyse publiée en 2018, basée sur 6 études aléatoires contrôlées et comportant un total de 620 patients (résultat significatif : 0.684 (95% CI 0.438 to 0.929, p < 0.001). Cette étude a utilisé des suppositoires contenant Lactobacillus crispatus CTV05, Lactobacillus rham-nosus GR1 and Lactobacillus reuteri RC14. Ces souches précises se sont avérées particulièrement efficaces contre les pathogènes du système urinaire, tout en faisant la preuve d’une très grande capacité de prévention dans les cas d’infections urinaires récurrentes (65, 66).

Prébiotiques

Un prébiotique est défini comme un substrat non digestible qui, suite à sa métabolisation (fermentation) par les microorganismes du côlon, module la composition et/ou l’activité des microbiotes de l’intestin, conférant ainsi des effets physiologiques bénéfiques pour l’hôte. En plus des fructooligosaccharides (FOS) et des galacto-oligosaccharides (GOS), les auteurs incluent maintenant un plus grand nombre de composés dans la liste des prébiotiques : les amidons résistants à la digestion, la pectine, les arabinoxylans, les grains entiers et des composés qui ne sont pas des glucides tels les polyphénols (antioxydants).

De plus, l’ajout à la diète de végétaux, qui ont subi au préalable une fermentation lactique, améliore leurs effets bénéfiques sur la santé. Les avantages de la fermentation lactique résultent des mécanismes suivants : élimination des facteurs anti-nutritionnels, production de métabolites (peptides bioactifs, exopolysaccharides) qui ont un effet positif sur la santé, amélioration de la biodisponibilité des microorganismes grâce à l’hydrolyse des polymères (composés phénoliques), augmentation des vitamines, des minéraux, ce qui mène à une augmentation de la capacité anti-oxydante des aliments avec des effets possibles sur la flore intestinale et l’absorption de composés bioactifs (67). L’ajout à la diète de prébiotiques et d’aliments fermentés pourrait prévenir et/ou corriger de nombreuses maladies dont le développement est favorisé par une diète inappropriée (66, 68).

8.2.8) Naturopathie

Les naturopathes sont des thérapeutes qui considèrent le patient dans sa globalité. Ils utilisent une approche holistique pour tenter de trouver de trouver les causes du déséquilibre qui a favorisé le problème de santé pour lequel il est consulté. Chaque cas pour lui est unique. Pour tenter de rééquilibrer le fonctionnement de l’organisme, le naturopathe utilise différents outils : diète, promotion de l’exercice physique, herboristerie, aromathérapie, homéopathie, médecine quantique, médecine orthomoléculaire (substances naturelles), etc (69).

Comme le naturopathe considère le patient dans sa globalité, il accorde une place prépondérante à l’importance de la diète. Son approche est basée sur les enseignements d’Hippocrate (Ve siècle avant Jésus-Christ), le père de la médecine moderne. C’est pourquoi, les naturopathes se sont alignés sur les enseignements du Dr Jean Seignalet suite à la publication de son livre « L’alimentation ou la troisième médecine ». Une des contributions importantes des naturopathes en ce qui concerne le traitement du syndrome de la vessie douloureuse est de mettre l’accent en premier lieu sur l’importance d’une alimentation anti-inflammatoire.

Malheureusement au Québec, il n’existe pas d’ordre des naturopathes, ce qui serait bien nécessaire, car beaucoup de thérapeutes peuvent avoir le statut de «naturopathe» sans avoir une formation adéquate. En France la naturopathie s’appuie sur une longue tradition et elle est pratiquée par des thérapeutes très bien formés dans ce domaine et le succès de leurs interventions est reconnu dans le milieu médical bien qu’il existe encore certains milieux médicaux rétrogrades.

8.2.9) Homéopathie, aromathérapie et herboristerie

Ces trois méthodes de traitement, originaires d’une longue tradition, lorsqu’utilisées par des praticiens bien formés et compétents, peuvent participer positivement au traitement des patients atteints du syndrome de la vessie douloureuse (10). Personnellement, ces pratiques sont trop éloignées de ma formation et de mon expérience pour en discuter plus avant malgré ma curiosité pour tout ce qui concerne les thérapies naturelles.

8.3) Importance de l’utilisation de la médecine alternative/complémentaire (CAM) chez les patients atteints du SVD et aperçu de l’efficacité de ces thérapies telle qu’évaluées par des patients et /ou par des scientifiques.

Il faut préciser que de telles études sont rares. Une étude américaine, réalisée en 2009 et publiée en 2013 par l’Association de cystite interstitielle (IC), fut effectuée à partir d’Internet (70). Un total de 2,101sujets, dont le diagnostic IC a été confirmé, ont été enrôlés. Plus de 84% des patients ont eu recours à des CAM, suite à la recommandation de leur médecin chez 55% d’entre eux. Parmi les patients qui ont eu recours aux CAM, 82.8% ont essayé un changement de diète et/ou des thérapies physiques et 62% ont eu recours à d’autres thérapies.

Les thérapies évaluées ont été classées dans l’ordre selon le pourcentage de patients satisfaits en raison de l’amélioration de leur condition due à la dite thérapie. Le nombre de patients correspondant au pourcentage est présenté entre parenthèse:

1) diète d’élimination, 87.6% (1,329 patients)
2) traitements chaleur et/ou froid, 87.5% (823 patients)
3) réduction du stress, 80.5% (562 patients)
4) relaxation, 76.4% (583 patients)
5) massages thérapeutiques 74.2% (366 patients)
6) méditation 66.8% (398 patients)
7) thérapie physique avec traitement interne 66.1% (349 patients)
8) exercices réguliers 65.2% (611 patients)
9) thérapie physique sans traitement interne 61.6% (260 patients)
10) traitement anti-fongique 61.5% (179 patients)
11) yoga 60.7% (284 patients)
12) probiotiques 58.8% (248 patients)
13) exercices de visualisation 58% (228 patients)
14) acupuncture 56.9% (260 patients)
15) chiropratique 56.4% (220 patients)

Les auteurs ont noté que lorsque les CAM sont administrés de façon précoce, les patients leur accordent un classement supérieur, comparativement aux CAM reçus plus tardivement.

Une méta-analyse britannique, publiée en 2016, a évalué l’efficacité des CAM disponibles pour le traitement du SVD. Cette analyse était basée sur 11 études (4 études randomisées avec contrôles et 7 études prospectives). Les thérapies étudiées étaient l’acupuncture, les thérapies de relaxation, les thérapies physiques, les thérapies enrichies en hydrogène moléculaire et la diète. Les études ont montré que les thérapies qui présentaient un bénéfice potentiel pour les patients SVD étaient dans l’ordre : les modifications diététiques, l’acupuncture et les thérapies physiques (71).

Une troisième étude visait uniquement à vérifier l’efficacité clinique de la manipulation systématique de la diète (une diète anti-inflammatoire personnalisée) en tant que thérapie de médecine alternative complémentaire chez des patients atteints du syndrome de la vessie douloureuse sur une période d’une année. Les auteurs concluaient que la manipulation intensive et systématique de la diète améliorait significativement les symptômes de la SVD , incluant les urgences urinaires, les douleurs pelviennes et de la vessie ainsi que les autres problèmes associés à la pathologie. Les effets positifs étaient observés relativement tôt, soit à l’intérieur de 3 mois et l’efficacité clinique était maintenue durant toute l’année (72).

9. Conclusion

Les nouvelles techniques de séquençage génétique, appliquées à l’étude des micro-organismes, ont permis au cours des cinq dernières années, une amélioration accélérée de la compréhension de la pathogénèse du syndrome de la vessie douloureuse. Même si traditionnellement le transfert des résultats de la recherche scientifique à la pratique médicale est très lent, il faut reconnaître que des associations américaines et européennes d’urologues, de gynécologues et de cliniciens ont reconnu rapidement la nécessité de tenir compte du microbiome urinaire dans la compréhension et le traitement d’une pathologie aussi complexe et multifactorielle que le SVD. Cela explique pourquoi ils sont nombreux à reconnaitre la nécessité d’établir des ponts avec les médecines alternatives/ complémentaires (CAM) pour traiter plus efficacement les SVD.

Ce sont les lecteurs de mon blogue qui m’ont conscientisée et qui d’une certaine façon m’ont incitée à faire le nécessaire pour mieux les informer à propos du SVD. J’ai donc fait le tour des publications pertinentes, consulté des documents sur les CAM et demandé et obtenu la généreuse collaboration d’une physiothérapeute-ostéopathe de réputation internationale, spécialisée en gynécologie, urologie et dysfonctions glandulaires et nerveuses, en la personne de Nathalie Camirand.

L’importance et la pertinence des CAM ne peut plus être niée puisque l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ainsi qu’un nombre croissant d’universités européennes, américaines et canadiennes prônent l’intégration de la médecine conventionnelle et des médecines complémentaires.

Il faut dire que ce n’est pas un hasard si les CAM n’occupent pas au Québec la place qu’elles méritent comparativement à l’Ontario, où les médecins bénéficient d’une protection légale lorsqu’ils prescrivent ou utilisent les CAM. Au Québec, le Collège des médecins sévit sous différents prétextes contre les médecins qui recommandent ou utilisent tout traitement qui s’écarte de la médecine conventionnelle. La résultante est que la plupart des médecins n’osent pas ou refusent de s’intéresser aux Cam parce qu’ils craignent d’être la cible de ce tout puissant ordre professionnel.

Il est plus que temps que le gouvernement du Québec, dont la majorité de la population utilise des approches de santé complémentaire, respecte le choix des Québécois et pose les gestes nécessaires afin de permettre aux médecins et au public québécois un libre accès à une meilleure connaissance et utilisation des CAM. On souhaite ardemment que le Collège des médecins du Québec mette en pratique le principe médical énoncé par Littré « être utile ou du moins ne pas nuire ».

Références

1. Bitew A, Molalign T, Chanie M. Species distribution and antibiotic susceptibility profile of bacterial uropathogens among patients complaining urinary tract infections. BMC Infect Dis. 2017 Sep 29;17(1):654. doi: 10.1186/s12879-017-2743-8.
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6 Commentaires

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6 réponses à “Tout ce que vous voulez savoir sur la cystite récidivante (interstitielle)

  1. Hammam Nazmi

    Bonjour Mme. Lagacé,

    Je viens de lire sur le site de  »Nutritional facts » du Dr. Greger que le Ghee est l’aliment qui contribue le plus à faire avancer la maladie d’Alzheimer.

    Et,comme l’emphase de l’article en question est sur le côté de l’industrialisation du produit je me demandais si le Ghee fait  »maison » et que vous recommandez ne contribue pas ou contribue beaucoup moins à contracter cette maladie.

    En vous remerciant,

    Hammam Nazmi

    • Jacqueline

      Je suis sceptique envers certains enseignements du Dr Greger qui dit se tenir au courant de tous les articles scientifiques concernant l’alimentation alors qu’il n’avait pas encore intégré les dangers du gluten pour une part importante de la population lorsque j’ai assisté à l’une de ses conférences. Le ghee est un gras intéressant dans la diète hypotoxique parce qu’il ne contient plus de protéines du lait (particulièrement les caséines), lesquelles molécules causent des problèmes chez la grande majorité des personnes qui souffrent de maladies chroniques. Naturellement, ce gras est bon pour la santé mais il doit être consommé avec modération.

  2. Carmel

    Très informatif, je suis encouragée de voir les dernières avancées qui se font au sujet de cette condition débilitante.
    Actuellement, je me considère « guérie » de cette condition.

    Il y a quatre ans, on m’a diagnostiquée comme ayant à la fois, une cystite interstitielle (SVD) et un cancer agressif de la vessie (c’est plutôt rare, selon l’urologue, d’être atteinte des deux). La fréquence, l’urgence d’uriner et la douleur étaient quotidiennes. De plus, les traitements pour le cancer, instillation vésicale du BCG, exacerbaient les symptômes de cystite interstitielle au point où souvent j’étais incapable de me tenir debout, étant donné les spasmes douloureux au niveau du bas ventre et du plancher pelvien. La panoplie de médicaments n’arrivaient pas à soulager les symptômes et la douleur. Lorsque je parlais de mes symptômes à l’urologue, la solution proposée afin d’arriver à un soulagement à long terme était l’ablation de la vessie. Je sentais l’impuissance et la méconnaissance à me proposer d’autres options.

    Depuis le début de cette aventure, j’étais très ouverte et parallèlement, je me suis dirigée vers les médecines complémentaires/alternatives où je mes suis sentie écoutée et prise en charge de façon globale. J’ai consulté acupunctrice, docteur en naturopathie, ostéopathe, psychologue, massothérapeute. Je suivais déjà les conseils du régime hypotoxique avant l’apparition des symptômes, j’ai poursuivi ceux-ci en y ajoutant des jus verts à tous les jours.
    Aussi, dans ma quête de guérison, j’ai découvert par hasard sur internet, des vidéos d’une dame que je me permets de nommer, Nassrine Reza. Ces paroles sages et réconfortantes, m’ont permis de me délester de cette quête de «me guérir » et d’accueillir ce qui est.

    Je ne peux affirmer ce qui a fonctionné, possiblement la synergie de toutes les approches, mais je suis sans douleur reliée à la cystite interstitielle depuis deux ans. Aussi, il n’y a plus de trace de cancer, alors arrêt des traitements, et à la dernière cystoscopie de contrôle, l’urologue était très surprise de constater l’amélioration de l’apparence de ma vessie.

    Chaque personne est unique et répondra selon son unicité aux traitements offerts. Je prône comme vous, madame Lagacé, une approche intégrative, où la médecine conventionnelle et les médecines alternatives s’uniront pour aborder la personne dans sa globalité. J’ai été stupéfaite d’apprendre dans votre texte que le Collège des médecins du Québec puisse sévir contre les médecins qui recommandent les médecines alternatives. À mon avis, c’est inconcevable et inacceptable!

    Mon témoignage se veut un hommage à tous les thérapeutes des médecines alternatives qui m’ont soutenue et aidée pendant cette période très pénible physiquement et psychologiquement. Et à vous tous, thérapeutes, qui doivent œuvrer dans un système de santé qui ne reconnaît pas votre apport indispensable. Aussi, puisse ce témoignage apporter espoir et courage à toutes les personnes affligées par cette maladie encore trop méconnue qu’est la cystite interstitielle (SVD).

    Merci à vous, madame Lagacé, pour l’immense travail d’information et de sensibilisation que vous faites.

    Carmel

    • Jacqueline

      Merci infiniment pour ce témoignage exceptionnel et si généreux pour nous tous.

  3. Tribout

    Bonjour,
    Je souffre de la cystite intertitielle qui n est pas là svp.
    Puisque c est une maladie neurologique.votre article peut prêter à confusion mais il y’a des symptômes communs bien entendu.
    Cordialement.

    • Jacqueline

      Bonjour, L’aspect neurologique de la cystite interstitielle est traité en partie au point 8.2.1 (Les aspects ostéopathiques par Nathalie Camirand).

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