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Jacqueline démontre la fausseté des articles qui tentent de lier risque d’attaque cardiaque et se priver de gluten

Récemment, une lectrice, Cathy M. m’a informée que « l’Express », un magazine d’actualité renommé en France, avait publié un article (17/05/2017) qui mettait en garde le public contre les dangers des régimes sans gluten. L’article  écrit par le Dr Laurent Alexandre, chirurgien-urologue  et chroniqueur (Huffington Post, Le Monde), avait fortement inquiétée cette lectrice et elle me demandait mon avis comme ce fut le cas de  plusieurs autres personnes au Québec déstabilisées par ce même genre d’affirmation.

Dans son article intitulé «  Le gluten est-il dangereux? », le Dr Alexandre affirmait que les régimes sans gluten augmentent le risque d’attaque cardiaque et le développement de diabète de type 2.  Ses affirmations, selon ce dernier,  étaient fondées sur une étude publiée dans le British Medical Journal (BMJ 2017; may 2; 357 :j1892)  sous le titre : « Long term gluten consumption in adults without celiac disease and risk of coronary hearth disease : prospective cohort study ». L’article en question a été rédigé par un groupe de gastroentérologues et de spécialistes de la nutrition qui collaborent apparemment dans le traitement de la maladie céliaque.

Si l’article publié dans le British Medical Journal a amené le  Dr Alexandre à écrire de telles bêtises,  à savoir qu’une diète sans gluten peut augmenter le risque d’attaque cardiaque et le développement de diabète de type 2, ce n’est pas le seul fruit du hasard, mais bien la conséquence de certaines incohérences présentes dans l’article du BMJ. Par exemple, dans l’introduction, les auteurs mentionnent que la maladie céliaque est associée à un risque accrue de maladie cardiovasculaire tout en reconnaissent que ce problème est réduit lorsque les céliaques adoptent une diète sans gluten.  D’autre part, sur la base d’informations selon lesquelles le gluten peut  promouvoir des phénomènes inflammatoires chez des personnes non céliaques mais sensibles au gluten, les auteurs se disent préoccupés que ce type d’information puisse laisser croire que le gluten peut accroître le risque d’obésité, de syndrome métabolique, de symptômes neuropsychiatriques et de risques cardiovasculaires chez les gens en santé. Négligeant  d’approfondir ces sujets d’intérêt, les auteurs donnent de l’importance uniquement au fait que les diètes qui limitent la consommation de gluten ont gagné en popularité au cours des dernières années et que selon des enquêtes, la majorité des gens qui adhèrent à une diète sans gluten n’ont pas reçu un diagnostic de maladie céliaque. Selon eux, la raison de la popularité croissante de la diète sans gluten (ils mentionnent que 30% des adultes américains ont révélé qu’ils essaient de minimiser ou d’éviter le gluten au cours des dernières années) serait due à la croyance que cette pratique comporte des bénéfices santé  et sur la perception que le gluten a des effets négatifs sur la santé. Ce faisant, les auteurs passent complètement sous silence les nombreux travaux scientifiques qui démontrent l’importance des travaux scientifiques concernant la réalité des maladies NCGS (de sensibilité au gluten chez les non-céliaques). Les auteurs énoncent alors l’idée que l’on doit s’inquiéter de la possibilité qu’une diète sans gluten ou qui restreint le gluten puisse être sous-optimale au point de vue nutritionnel; ils mentionnent de plus qu’aucune étude prospective n’a étudié la relation entre la consommation de gluten et le risque de développer des conditions chroniques telles les maladies cardiovasculaires chez les non céliaques. C’est dans le but de remédier à ce manque que les auteurs ont utilisé des résultats validés d’études prospectives antérieures concernant des diètes, lesquelles études avaient été réalisées sur des périodes de 20-30 ans. Les auteurs de l’article de BMJ ont donc utilisé ces études prospectives  pour examiner l’association de la consommation estimée (et non pas mesurée et contrôlée) de gluten, à long terme avec le développement d’incidents de maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, fatal ou non).  Les études prospectives sur lesquelles les auteurs se sont appuyés avaient été réalisées à l’aide de questionnaires  bi-annuels, répétés aux quatre ans entre 1986 et 2010; le questionnaire était auto-administré et concernait la santé, les habitudes de vie, les mesures anthropométriques, les facteurs environnementaux et les conditions médicales. On n’avait pas demandé aux participants s’ils adhéraient ou non à une diète sans gluten. Étaient exclus de l’étude tous ceux qui avaient été diagnostiqués céliaques et ceux qui souffraient d’une maladie cardio-vasculaire au début de l’étude. Les apports en gluten provenaient de 5 éléments principaux : pain foncé, pâtes, céréales froides, pain blanc et pizza.

Pour bien expliciter les résultats obtenus par les auteurs suite à leur analyse des informations tirées des cohortes impliquées dans les études prospectives qu’ils ont utilisées, j’ai traduit très fidèlement la conclusion de leur article ainsi que les recommandations qu’ils en ont tirées.

Voici donc leur conclusion : « Conclusion and public health implications » (Conclusion et implications pour la santé publique)

« Dans les deux grandes études prospectives des cohortes, la consommation d’aliments contenant du gluten n’a pas été significativement associée au risque de maladie coronarienne. Bien que les personnes atteintes ou non de la maladie céliaque puissent  éviter le gluten en raison  de  réponses symptomatiques à cette  protéine alimentaire, les résultats de notre recherche ne supportent pas la promotion d’une diète sans gluten dans le but de réduire le risque de maladies coronariennes.   De plus, l’évitement du gluten dans la diète peut favoriser  une faible consommation de grains entiers alors que ces derniers sont  associés à des bénéfices  cardiovasculaires. Faire la promotion d’une diète sans gluten dans le but de prévenir les maladies cardiovasculaires chez les gens qui ne présentent pas les symptômes de la maladie céliaque ne devrait pas être recommandée. »

Voici 4 séries d’observations et/ou d’arguments qui démontrent pourquoi l’article publié dans la revue  BJM peut induire en erreur des lecteurs, donc conséquemment être responsable de  désinformation médiatique, comme ce fut le cas pour le Dr Laurent Alexandre et de nombreux  lecteurs qui eux ne sont pas nécessairement des érudits de  littérature médicale.

1) Dans ce type de désinformation médiatique, on ne peut nier la responsabilité partielle du choix du titre: « La consommation à long terme de gluten chez les adultes non céliaques et le risque de maladies coronariennes : Étude prospective de cohortes »

En effet, ce titre est suffisamment vaque  pour laisser supposer n’importe quoi, à savoir comme l’a fait le Dr Alexandre que : «  les régimes sans gluten augmentent le risque d’attaque cardiaque ». Pourtant, la conclusion des auteurs est à l’opposé de l’interprétation du Dr Alexandre  puisqu’ils affirment : « Dans ces deux grandes cohortes prospectives, la consommation d’aliments contenant du gluten n’était pas significativement associée au risque de maladie coronarienne ».  De plus, dans la partie « Résultats », l’absence de lien entre la consommation ou non de gluten était encore plus  évidente, puisque les auteurs précisaient: « les participants qui consommaient le plus de gluten présentaient un risque de maladies coronarienne qui n’était pas différent de celui du groupe qui en consommait le moins ».

2) Malheureusement,  l’analyse scientifique des auteurs de l’article de BMJ a cédé le pas par la suite à des considérations subjectives qui n’étaient pas appuyées par des données scientifiquement démontrées. Ainsi, après avoir convenu : «  que les personnes atteintes ou non de la maladie céliaque peuvent éviter le gluten en raison  de  réponses symptomatiques à cette  protéine alimentaire » et qu’ « il n’existe aucun lien entre le risque d’attaque cardiaque et le fait de ne pas consommer de gluten », les auteurs ont fait  des mises en garde qui vont bien au-delà des résultats qu’ils ont obtenus lorsqu’ils décrètent  que « l’évitement du gluten dans la diète peut favoriser  une faible consommation de grains entiers » et que : « faire la promotion d’une diète sans gluten dans le but de prévenir les maladies cardiovasculaires chez les gens qui ne présentent pas les symptômes de la maladie céliaque ne devrait pas être recommandée».   Plus grave encore,  malgré la participation de plusieurs gastroentérologues, les auteurs semblent ignorer, malgré des études réalisées en double aveugle et contrôlées par placebo, que le gluten peut causer des problèmes de santé intra et extra-intestinaux très graves et multiples, qui débutent généralement au niveau du microbiome intestinal tel que démontré par de nombreuses études récentes.

3) Dans les faits,  les auteurs ne présentent aucune donnée scientifique qui leur permet de mettre en garde la population contre les diètes sans gluten si ce n’est sous le  prétexte non démontré que l’évitement de gluten peut résulter dans une consommation réduite de grains entiers bénéfiques pour la santé, ce qui pourrait selon eux, favoriser le risque de maladies cardiovasculaires et même le diabète de type 2.  Il s’agit ici non pas de science mais de pures spéculations non étayées par des observations scientifiques et donc de désinformation médiatique qui ne sont pas sans conséquence pour la santé des gens qui sont sensibles au gluten. D’abord, il est faux de prétendre que les gens qui ne consomment pas de gluten, consommerons nécessairement moins de fibres alimentaires et de nutriments santé que ceux qui consomment du gluten.  Qu’il suffise de rappeler que ce n’est pas parce qu’une personne consomme des aliments contenant du gluten (pains et pâtisseries faits généralement de farine raffiné,  céréales froides pour le petit déjeuner, pizza), aliments souvent  pauvres en fibres et en nutriments que ces aliments seront bénéfiques pour la santé.

Par ailleurs,  une diète sans gluten peut être très riche en fibres et en nutriments si l’on consomme des  céréales et ou pseudo-céréales sans gluten tels le  riz brun, le sarrasin, le quinoa, le sorgho, le teff,  l’amaranthe (aliments beaucoup plus complets que le blé même entier), sans oublier de nombreux légumes et fruits, légumineuses et  noix qui sont très riches en fibre et nutriments.   Il s’agit de suivre simplement une diète santé pour obtenir toutes les fibres alimentaires et nutriments nécessaires à notre santé et de nos jours de telles informations sont facilement accessibles.

4)  L’article publié dans BMJ est un exemple éloquent de résultats dont on a détourné la véritable signification dans le but d’inquiéter ceux qui prennent des initiatives pour améliorer leur qualité de vie, comme le fait d’éviter le gluten, parce que les solutions que la médecine actuelle leur propose pour traiter leur maladie chronique ne les aident pas de façon satisfaisante. En fait, il semble bien qu’il s’agisse d’une lutte de pouvoir de certains milieux médicaux qui sont déstabilisés par le fait que la population est de mieux en mieux informée par la démocratisation du savoir.

Malheureusement, des chroniqueurs sont prompts à s’emparer et à publiciser de telles « fake news » qui font sensation au détriment d’informations  basées sur de solides travaux de recherche qui ont le potentiel d’aider véritablement les gens au prise avec des problèmes de santé chronique, qui contrairement à ce qui est souvent véhiculé (au profit de qui?), peuvent trouver des solutions thérapeutiques par l’adoption d’une alimentation ciblée.

Jacqueline Lagacé, Ph.D.

 

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