L’article de Jacqueline Lagacé publié dans le magazine français  »biocontact » de novembre 2016

Le régime Seignalet : ce qu’en dit la science

Treize ans après le décès du Dr Jean Seignalet, son travail de pionnier continue de faire des adeptes alors que les progrès récents de la recherche scientifique confirment les éléments clés de sa diète hypotoxique.

Depuis le milieu des années 1980, on ne compte plus les individus qui témoignent du fait que le régime hypotoxique du Dr Seignalet leur a permis de recouvrer la santé. D’un autre côté, l’opposition ne faiblit pas en raison du caractère pratiquement sacré qu’ont revêtu les céréales de blé et autres céréales apparentées (orge, seigle, avoine, épeautre, kamut) ainsi que les produits laitiers et le rôle qu’ils jouent comme locomotives de la richissime industrie agroalimentaire…

En effet, face à ceux qui affirment avoir retrouvé la santé grâce à l’abandon d’aliments pro-inflammatoires tel que préconisé par la diète hypotoxique du Dr Seignalet, l’argument « massue » des opposants consiste à affirmer de façon péremptoire : « Ce n’est pas prouvé ! », « Ce n’est qu’une mode ! » Selon eux, seuls ceux atteints de la maladie cœliaque ont raison d’éviter le gluten, la substance collante qui fait gonfler le pain et qui est le principal responsable des intolérances dues au blé et aux céréales qui lui sont apparentées.

La théorie de Seignalet repose à la base sur l’observation que nos enzymes digestives sont mal adaptées à la digestion des aliments modernes caractérisés par l’excès de céréales de blé (on trouve du blé dans la majorité des aliments transformés par l’industrie alimentaire), mutées (modifiées génétiquement), de produits laitiers issus d’animaux élevés dans des conditions non respectueuses de leur nature herbivore, de protéines animales cuites à haute température et d’aliments transformés.

Blé et produits laitiers : des aliments difficiles à digérer

L’incapacité de nos enzymes digestives à digérer parfaitement ces aliments est maintenant confirmée par de nombreux travaux scientifiques qui ont démontré que des constituants du gluten, les peptides appelés gliadines, résistent à l’action de nos enzymes digestives. On sait maintenant que la résistance des gliadines aux enzymes digestives est due à leur structure cyclique très rigide constituée de plusieurs associations répétées de deux acides aminés, la proline et la glutamine. Quatre types de gliadines (nommées alpha, bêta, gamma et oméga) ont été identifiés, ce qui a permis de montrer que la gliadine-alpha présente des effets pathogéniques plus marqués que les autres gliadines. En fait, la gliadine-alpha présente une capacité supérieure à activer de façon exacerbée le système immunitaire ainsi que d’autres caractéristiques pathogéniques susceptibles d’altérer le comportement normal des cellules.

La recherche a démontré que les caséines du lait animal possèdent une structure proche de celle de la gliadine-alpha, soit la même structure cyclique rigide constituée d’associations entre les acides aminés proline et glutamine. De plus, les caséines du lait animal ont une parenté immunologique avec la gliadine-alpha puisque les anticorps développés contre ce peptide réagissent également avec les caséines du lait animal. Il faut aussi tenir compte de l’incapacité de nos enzymes à digérer parfaitement de nombreux autres aliments modernes : malbouffe (aliments diététiquement malsains en raison entre autres de leur faible valeur nutritive), protéines animales cuites à haute température donnant naissance à des glycotoxines impossibles à digérer parfaitement, comme c’est également le cas de nombreux aliments transformés par l’industrie agroalimentaire.

La diète hypotoxique contre l’hyperperméabilité intestinale

Le second principe de base de la diète hypotoxique développée par Seignalet repose sur la nécessité de préserver l’équilibre de la flore intestinale, lequel est indispensable au maintien de la santé et à la capacité à éviter le développement de maladies inflammatoires chroniques.

Selon Seignalet, c’est l’accumulation dans l’intestin des aliments que nous sommes incapables de bien digérer qui provoque le déséquilibre de la flore intestinale. Ces déchets favorisent le développement de bactéries pathogènes au détriment des bonnes bactéries dites commensales ou saprophytes, ce qui va entraîner une perméabilité excessive de la muqueuse intestinale ; cette dernière laissera passer de trop grosses molécules alimentaires et microbiennes (antigènes provenant de la paroi de bactéries mortes qui sont également des cibles insuffisamment dégradées par nos enzymes digestives) dans la circulation sanguine, lymphatique ainsi que dans les tissus.

Ces molécules, parce qu’insuffisamment digérées, conservent leur capacité d’immunogénicité, ce qui leur permet d’activer de façon exacerbée le système immunitaire et de déclencher possiblement des maladies inflammatoires chroniques selon les prédispositions génétiques des individus. A titre d’exemple, au début du développement d’une ostéoarthrose consécutive à l’accumulation d’antigènes étrangers sensibilisants s’instaure une inflammation silencieuse (sans douleur consciente) au niveau articulaire, laquelle pourra perdurer de 10 à 40 ans avant qu’elle ne devienne symptomatique, autrement dit que l’individu commence à ressentir de la douleur et/ou à subir des pertes de fonction.

Des preuves démontrent maintenant la justesse de la théorie de Seignalet à propos de l’influence des molécules alimentaires et microbiennes dans l’instauration d’une hyperperméabilité de la muqueuse intestinale : des études ont montré que certaines  molécules de la paroi de bactéries appelées LPS (lipopolysaccharides), ainsi que la gliadine-alpha exercent un impact majeur sur la production, par la muqueuse intestinale, de protéines zonulines. Les zonulines ont la capacité à déséquilibrer les cellules épithéliales des jonctions serrées de la muqueuse intestinale ce qui provoque une perméabilité excessive de la muqueuse intestinale et favorise le développement de maladies inflammatoires chronique. La reconnaissance officielle des maladies de sensibilité au gluten chez les non-cœliaques (NCGS) remonte à 1978. Toutefois, c’est seulement depuis 2010 que des groupes importants de chercheurs se sont vraiment intéressés au syndrome NCGS et que des travaux de recherche menés en double aveugle avec contrôle placebo ont démontré la réalité du phénomène NCGS, à savoir que les personnes souffrant de sensibilité au gluten tout en étant non-cœliaques, avaient des problèmes de santé importants lorsqu’elles consommaient du gluten alors que ces problèmes cessaient lorsque l’on retirait le gluten de leur alimentation. On a remplacé récemment le terme sensibilité au gluten chez les non-coeliaques  par le terme sensibilité au blé  car d’autres antigènes du blé pourraient  aussi provoquer de l’intolérance alimentaire chez les non-coeliaques.

Sensibilité au blé chez les non-coelique :les symptômes du syndrome

Le syndrome de sensibilité au blé chez les non-coeliaques entraîne généralement une combinaison de symptômes intra- et/ou extra-intestinaux. Les symptômes extra-intestinaux possibles sont : maux de tête et/ou migraines, sensation d’un esprit brumeux, fatigue chronique, douleurs articulaires et musculaires, picotements ou sensations de brûlure aux extrémités, engourdissement des jambes, bras et mains, eczéma, anémie, dépression et neuropathies périphériques (sensibilité exacerbée des petites fibres terminales des nerfs). De plus, des liens sont souvent démontrés entre le syndrome NCWS, le déficit d’attention, des désordres neurologiques et neuropsychiatriques, incluant entre autres l’autisme et la schizophrénie.

Cette large variété de manifestations pathologiques suggère que de nombreuses maladies inflammatoires chroniques pourraient être classées avec les maladies NCWS dont le vocable devra être élargi pour tenir compte de la diversité des réactions indésirables aux antigènes alimentaires et microbiens susceptibles de causer des maladies inflammatoires chroniques.

Une théorie démontrée par la métagénomique

La démonstration ultime de la justesse des théories du Dr Seignalet résulte des nouvelles techniques d’analyse génétique, soit la métagénomique microbienne couplée aux banques de données informatiques. Ces techniques d’analyse des gènes, qui ont pris leur essor à partir de 2010, permettent d’obtenir rapidement des informations précises sur la diversité et l’abondance relative des micro-organismes présents dans un milieu donné ainsi que sur leurs caractéristiques structurelles et fonctionnelles (enzymes, facteurs de virulence, gènes de résistance aux antibiotiques, etc.).

Ces techniques ont fait la preuve que nous sommes des êtres hybrides indissociables des bactéries que nous abritons sur nous et en nous. Plus précisément, il est maintenant démontré que le fonctionnement équilibré des bactéries saprophytes qui vivent dans notre intestin est indispensable au maintien de notre santé et même de notre survie.

De l’importance d’un microbiome sain

Ces études ont permis de mettre en lumière que les facteurs environnementaux, dont au premier chef les aliments que nous consommons 3 fois par jour 365 jours par an, ainsi que notre mode de vie, influencent la composition et l’activité du microbiome intestinal.

En fait, le microbiome intestinal est maintenant considéré comme un organe à part entière : il englobe les microbiotes (la flore intestinale) et le milieu écologique de l’intestin constitué de ses différentes cellules (cellules épithéliales, cellules immunitaires associées, neurones entériques – ou second cerveau –, cellules sécrétrices et cellules musculaires). Lorsque l’équilibre du microbiome intestinal est perturbé, on qualifie ce déséquilibre de dysbiose ;  cela signifie que le nombre et la variété des bonnes bactéries commensales de l’intestin ont été perturbés parallèlement à la prolifération de bactéries pathogènes et/ou même à la transformation de bactéries commensales en bactéries néfastes ;  parallèlement il se produit une perturbation de l’écologie de l’ensemble de l’intestin à savoir celle du système immunitaire associé , du second cerveau et des autres cellules qui constituent le microbiome intestinal tel que mentionnée précédemment. Les travaux actuels montrent clairement que les maladies chroniques se développent lorsqu’il se produit un déséquilibre au niveau du microbiome intestinal ce qui favorise fortement le développement des maladies inflammatoires chroniques en fonction des fragilités génétiques des individus.

C’est en mettant en évidence l’importance de l’axe bidirectionnel microbiotes-intestin-cerveau en tant que réseau de communication et d’exécution que nous avons pu comprendre comment et pourquoi le microbiome intestinal conditionne et contrôle l’ensemble du fonctionnement de notre organisme, y compris celui de notre comportement.

L’épidémie actuelle de maladies inflammatoires chroniques (maladies arthritiques, maladies qui affectent l’intestin, maladies cardiaques, diabète de type 2, maladies neurodégénératives, cancers et autres) illustre bien l’influence du microbiome intestinal chez les individus affectés par ces maladies à mesure que les conditions de notre environnement se détériorent (alimentation inappropriée, manque d’exercice, pollution, etc.).

Le Dr Jean Seignalet avait vu juste !

Il faut reconnaître que le Dr Seignalet a accompli un véritable travail de visionnaire et de précurseur en élaborant la diète hypotoxique et en démontrant son efficacité sur environ 2 500 personnes aux prises avec de nombreuses maladies inflammatoires chroniques. Le fait que la majorité   des acteurs impliqués dans  la recherche scientifique actuelle reconnaisse le rôle fondamental que joue l’équilibre et/ou le déséquilibre du microbiome intestinal dans le maintien de la santé ou le déclenchement des maladies inflammatoires chroniques prouve de façon incontestable que Seignalet avait vu juste. De plus, il a été établi récemment par plusieurs publications que le facteur essentiel de l’équilibre du microbiome intestinal repose sur nos choix alimentaires, un élément essentiel du régime hypotoxique.

Jacqueline Lagacé.

Ph. D, (docteur en virologie) professeure-chercheuse spécialisée en immunologie et microbiologie, directrice d’un laboratoire de recherche pendant 17 ans, retraitée de la Faculté de médecine, université de Montréal.  Blog jacquelinelagace.net

Les livres de l’auteur

  • Une alimentation ciblée pour conserver ou retrouver la santé de l’intestinL’effet antidouleur de la diète hypotoxique, 2016.
  • Comment j’ai vaincu la douleur et l’inflammation chronique par l’alimentation, 2011.
  • Cuisiner pour vaincre la douleur et l’inflammation chronique, Lagacé J., Duchesne D., Labrèche L. et Samson G., 2011.
  • Recettes gourmandes contre la douleur chronique, Lagacé J., Labrèche L., Côté L., Bélisle K. et Enderlin J.-M., 2013.

Aux éd. Fides.

8 Commentaires

Classé dans Notions approfondies du régime hypotoxique

8 réponses à “L’article de Jacqueline Lagacé publié dans le magazine français  »biocontact » de novembre 2016

  1. Bonjour Jacqueline,

    J’aimerai savoir est-ce que la métagénomique microbienne est un test qu’on peut faire? Si c’est le cas, à quel endroit on peut le faire? Est-ce que ça permet d’identifier des micro organismes pathogène dans l’intestin qui sont difficile à identifier par les analyses de selles? Mon gastro me donne des antibiotiques parce que j’ai fait l’examen à l’hydrogène qui indique qu’il y a une surpopulation de bactérie… J’aimerai qu’on puisse cibler les bactéries qui me rendent malade pour que le traitement soit efficace.                                                                                                        

    Merci pour votre aide

    • Jacqueline

      Bonjour,

      Bonjour, Pour bien comprendre ce qu’est la métagénomique microbienne, je vous conseille de lire le chapitre 6 de mon dernier livre. Vous pouvez également lire le texte sur le site internet suivant: http://humanfoodproject.com/americangut/

      Vous pourrez même, à partir de ce site, vous inscrire pour participer à un projet de recherche sur le microbiome humain. Le coût est d’environ 100$ US. Vous pourrez alors en plus de contribuer à l’avancement de la science biomédicale connaître l’identité des microorganismes qui colonisent votre intestin

  2. Jacques Gagnon

    Votre propos scientifique me parait bien fondé et logique. Il rejoint plusieurs des nouveaux énoncés de la science notamment en ce qui touche le microbiote, le cerveau intestinal. Je constate que le corps médical à l’instar de l’industrie alimentaire ne reconnait pas l’incapacité des enzymes humaines à digérer le blé et le lait. Il faut dire que le commun des mortels a de la difficulté à croire que le blé et le lait bases de notre alimentation soient si nocifs. Les médecins s’opposent depuis toujours aux changements de paradigmes dans les dogmes de leur profession. La science est aussi, vous le devinez, une croyance. La pratique médicale s’appuit sur les notions reconnues et évidentes de peur de poursuites: « evidence base medecine »
    Ma question : pourquoi les médecins dans l’ensemble refusent-ils de « croire » à la nocivité de gluten et du lait?
    Jacques Gagnon md 1964
    Chirurgien retraité et auteur de Cerveau.net

    • Jacqueline

      Bonjour,

      Une personne qualifiée m’a affirmé dernièrement qu’une enquête interne avait révélé que les jeunes médecins hommes et une majorité de femmes médecins étaient ouverts au fait que certains aliments tels le gluten et les produits laitiers pouvaient provoquer le développement de maladies chroniques chez des personnes génétiquement prédisposés. De façon générale, ce serait les médecins mâles âgés et principalement les spécialistes qui seraient les plus réfractaires à admettre que certains aliments que nous consommons puissent constituer des facteurs environnementaux susceptibles de permettre l’expression de prédispositions génétiques envers telle ou telle maladie. Pour se convaincre qu’un facteur génétique à lui seul ne détermine généralement pas le développement d’une maladie chronique, on n’a qu’à lire les études basées sur des couples de jumeaux identiques. Un autre facteur limitant est la peur de nombreux médecins face au corporatisme de l’ordre des médecins qui privilégie la prise de médicaments pour traiter les maladies inflammatoires chroniques. En Ontario, l’ordre des médecins est beaucoup plus souple qu’au Québec en ce qui concerne la santé intégrative.

  3. Chloys

    Bonjour

    J’ai le livre « Recettes gourmandes ». N’ayant pas trouvé de farine de gourgane en France, par quoi peut-on la remplacer?

    Merdi

    • Jacqueline

      Vous pouvez essayer la farine de pois chiches dont la consistance se rapproche de la farine de gourgane. Essayez toutefois une petite recette par prudence. Des nouvelles de votre tentative seraient les bienvenues.

  4. B Vial

    Bonjour Madame Lagacé.,
    Peut on espérer une reconstruction de la paroi intestinale avec l’adoption du régime Seignalet ?
    Dans l’affirmative, quel est le protocole à suivre pour y parvenir , et le délai ?
    Un grand merci pour vos inestimables informations et recherches qui ont changé la vie de millions de personnnes .

    • Jacqueline

      Retrouver une perméabilité normale de l’intestin en suivant la diète hypotoxique est possible. Par contre, cette perméabilité normale ne durera pas si vous recommencez à consommer les aliments auxquels vous êtes sensibles. Un bon exemple de cela vient du fait que lorsque l’on fait des incartades alimentaires, dépendamment de la sensibilité des individus, les problèmes reviennent plus ou moins vite mais reviennent.

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